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Le blog de Biblio

La tête en arrière de Violaine Schwartz

27 Août 2010 , Rédigé par Biblio Publié dans #livres lus en partenariat

img041.jpgElle est chanteuse lyrique. Sans travail, depuis des mois et des mois.
Elle prépare une improbable audition pour jouer dans La Voix humaine de Poulenc, elle tourne en rond avec sa petite fille, dans sa grande maison, trop grande pour eux trois, une maison qui appartient à sa belle-famille, vous verrez, c’est la maison du bonheur, leur a-t-on dit en leur remettant les clés. Et aussi : il faudra penser à purger les radiateurs et tondre la pelouse et une maison pleine de phrases et de choses à faire, dans laquelle ils flottent, trop d’escaliers, trop de pièces mortes, elle se dissout dans le papier peint, elle s’égare dans les fissures du plafond, et les problèmes matériels prolifèrent comme les pucerons dans le jardin, quelle chance d’habiter là, les voix ne s’arrêtent jamais dans sa tête, et la panique grandit, de tout ce qu’il y a à faire, que les gens font, qu’elle n’arrive pas à faire, à commencer par trouver du travail. Mais plus elle s’acharne en vocalises, plus sa voix s’abîme, moins l’argent rentre et plus les tuyaux fuient, plus les rues sont venteuses dans l’hiver qui arrive, et plus elle a la tête qui part en arrière : le sol se dérobe sous ses pieds, le monde danse tout à coup, mais inspire, expire, elle se rattrape toujours, jusqu’à la fois d’après...
Ce livre est le portrait d’une femme au pire d’elle-même, la radiographie d’un cerveau chauffé à blanc, rongé par la paranoïa, miné par le chômage, envahi d’herbes folles et de voix, mais qui cherche furieusement à sortir de la spirale et déploie une énergie démente pour rester debout. C’est le solo d’une imagination à fleur de nerfs, une partition minimaliste, obsessionnelle et trouée de silences, comme le texte lui-même, construit autour de ces points de butée où la pensée tombe dans le vide de la page blanche, mais repart aussitôt, toujours plus aiguisée, toujours plus vive, comme une machine à spéculer, lancée à toute vitesse, et plus le réel est pauvre, taiseux, plus il engendre un monde intérieur prolifique et ramifié, qui s’empare du moindre détail pour en faire un roman.

C'est un roman sur la folie qui peu a peu vire a la paranoia. On assiste a la dégradation de cette femme en même temps que celle de la maison du bonheur qui tourne a la maison du malheur. L'écriture est saccadée ce qui peut dérouter le lecteur mais qui rend parfaitement l'état de santé mentale de cette femme. C'est son monde rempli de peur , de délire et de rejet des autres que l'on explore, un monde où on la voit s'enfermer sans volonté de s'en sortir et où elle rejette les raisons de ses échecs profefssionnels et personnels sur les autres. Une descente en enfer parfaitement maitrisée mais éprouvante pour le lecteur.

Ma note 7/10 pour ce roman .

« ce livre a été chroniqué dans le cadre d’un partenariat avec Chroniquesdelarentreelitteraire.com et Ulike »

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Canel 23/03/2011 20:49


Eh bien, je relis ton billet après découverte du livre, génial !!! (ton billet).
Le début notamment rend bien compte du rythme 'tourbillonnant' du livre, de la façon dont les pensées de la femme tournent en rond de façon désespérée/désespérante autour de ses obsessions...
Merci pour la découverte !


Biblio 26/03/2011 12:43



Merci pour le compliment !



Canel 27/08/2010 20:09


Cela me fait penser à "La femme de l'Allemand", que j'ai bcp aimé.
Sur ce thème, j'avais aussi aimé "La donation" de Florence Noiville, l'auteur évoque notamment la crainte de la transmission de cette maladie à la descendance.


Biblio 29/08/2010 19:14



A cette différence c'est que l'on est dans la tête de la malade.